Premier jour de l’année, les fêtes sont passées, la neige tombe sur les montagnes : L’hiver et la Joie. C’est le moment parfait, j’en suis certaine. Même si le premier EP de Robi sorti en 2011 m’avait déjà fortement intriguée, je dois avouer être un peu « passée à côté ».

Et là …Dans le courant de l’été dernier, je vois Dominique A sur scène aux Arènes de Fourvière et je suis impressionnée par le bassiste qui l’accompagne ce soir là, un certain Jeff Hallam, je l’apprendrai plus tard.

Puis il y a quelques mois, On ne meurt plus d’amour, le coup de foudre. Le genre de morceau qui vous attrape et ne vous lâche plus ; ses nappes synthétiques et son refrain obsédant (méthode Coué ? décret d’intérêt général ? regret romantique ?) auront rythmé ma fin d’année.

En décidant d’en savoir plus,  Jeff Hallam refait son apparition. J’apprends que Robi, c’est avant tout la voix et la plume de Chloé Robineau qui écrit et compose chacune de ses mélodies,  mais aussi l’américain Jeff Hallam avec qui elle peaufine et arrange ensuite ses morceaux, depuis trois ans déjà.
Je découvre dans la foulée quelques vidéos de sessions live vraiment brillantes pour Froggy’s Delight [1] et Le Cargo [2] : un son brut, organique, violent presque, des mélodies délicieusement 80’s, et Chloé – ou Robi (on ne sait plus bien), captivante.

L’hiver et la Joie est donc né de ce duo de création et été enregistré à Paris, pendant l’été 2012, en totale autoproduction (Les Disques de joie/L’Autre Distribution).
Parmi les soutiens, on pense bien sûr aux artistes qui ont donné sa chance à Robi en lui offrant leurs premières parties : Murat, Arno ou Dominique A, on peut difficilement rêver meilleure entrée sur la scène française.
La pochette signée Franck Loriou rappelle un peu à la PJ Harvey de Dry. On pourrait prolonger la ressemblance en évoquant celle qu’on perçoit dans les sessions live, une femme à la fois mystérieuse et généreuse, secrète et profonde comme les textes qu’elle écrit. Une grande fille qui réalise elle-même ses vidéos mais qui s’y dévoile seulement en petites touches kaléidoscopiques. C’est cette dualité qui nous accrochera tout au long de l’écoute de l’album.

Tantôt en murmures, tantôt en cris, L’Hiver et la Joie est un disque de nuances et de sentiments mêlés.
La basse d’Hallam d’abord, omniprésente, domine le disque par sa présence lourde mais ciselée, comateuse et hypnotique.
Boris Boublil ponctue cette ambiance sombre d’un clavier lancinant aux envolées stridentes -terriblement new-wave – et de riffs électriques de guitare donnant une sonorité quasi electro-punk à l’ensemble.
Les années 80 sont belles et bien présentes, les références explicites même, comme dans Il se noie, reprise du groupe Trisomie 21. « C’est leurs sons, bruts, organiques et frontaux eux aussi, que j’aime, pas forcément les références auxquelles ils se rapportent. Et il y a la noirceur qu’ils dégagent, un noir lumineux et dansant qui se prête particulièrement à notre musique scandée et rythmique, obsédante. » [3Robi qui a grandit à La Réunion en a rapporté un amour des rythmiques brutes et envoutantes. Portées de façon dépouillée, elles tendent ici vers la transe, les rythmes organiques (comme les gouttes D’où pour toujours). Et amènent aussi vers des morceaux plus dansants (Où suis-je ) ou même un peu acidulés et faussement naïfs (Demain, qui rappelle la singularité de groupes comme Cornu de poser de la pop française sur des morceaux où la basse est dominante).

Des références peut-être, mais également un véritable univers.
Et un cadeau, écrit pour Dominique A – de qui Chloé hérite une écriture profonde, sauvage et poétique, le titre Ma route, où il intervient telle une ombre protectrice, murmure lointain et bienveillant.

Au-delà de l’album, je pense que c’est vraiment sur scène qu’il faudra voir et écouter Robi en 2013. Depuis la fin de l’année (Jeff Hallam tournant avec Dominique A), elle est accompagnée de Valentin Durup à la basse et de Bertrand Flamain à la guitare, aux claviers et aux percussions, présentant des arrangements plus électriques, nerveux qui donnent réellement un nouvel éclairage aux morceaux.

Sur la route, il y a de jolies rencontres parfois…

 

Clip On ne meurt plus d’amour


Où suis-je ?
en session pour Le Mouv’ avec la formation scène actuelle

Cet article est paru à l’origine sur le site Culturopoing.